La phrase

"Extirper le sionisme de Palestine" (Al Faraby)


vendredi 28 novembre 2014

État palestinien : pourquoi le débat s'invite en France

Vingt et un ans après les accords d'Oslo, qui devaient aboutir à la création d'un État palestinien sous cinq ans, celui-ci n'est pas près de voir le jour. Depuis 1993, les multiples négociations entre Israéliens et Palestiniens se sont toutes soldées par des échecs. Ce fut encore le cas au printemps dernier, malgré neuf mois d'efforts ininterrompus de la part du secrétaire d'État John Kerry. Mais ce dernier s'est heurté à un "mur" : la poursuite tous azimuts de la colonisation israélienne à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, pourtant illégale selon le droit international.
Le nombre de colons israéliens en Cisjordanie était en juin dernier de 382 031, soit une augmentation de 2 % en six mois, presque le double de la croissance démographique dans le reste du territoire israélien. À ces colons viennent s'ajouter les quelque 200 000 Israéliens installés à Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël depuis 1967. Si Benyamin Netanyahou répète à l'envi qu'il est favorable à la solution à deux États, la réalité du terrain dit une tout autre vérité : la multiplication des implantations juives annihile simplement tout hypothétique État palestinien.
Ce constat alimente la frustration des Palestiniens, quotidiennement soumis aux humiliations liées à l'occupation. Depuis cet été, pas un jour ne passe sans que des émeutes éclatent en territoire occupé, au rythme des annonces israéliennes de nouvelles constructions ou des visites de juifs extrémistes sur l'esplanade des Mosquées (mont du Temple pour les juifs). Pis, le conflit politique territorial prend peu à peu une tournure religieuse, répondant aux provocations du Hamas palestinien et de l'extrême droite israélienne.
L'impasse politique s'est traduite par une sanglante vague d'attentats anti-israéliens en Israël et en Cisjordanie, suivis de représailles, parfois mortelles, contre les Palestiniens. Pour sortir de ce bourbier, l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas a lancé une vaste offensive diplomatique. "Il a écrit à tous les chefs d'État européens pour leur demander de reconnaître l'État palestinien, afin de renforcer ce statut dans le cadre de futures négociations et ainsi de ne plus dépendre de la bonne volonté d'Israël", explique Yves Aubin de La Messuzière, ancien directeur Afrique-Moyen-Orient au Quai d'Orsay et expert du dossier.
Cette stratégie commence à porter ses fruits. Fin octobre, la Suède a été le premier pays majeur de l'Union européenne à reconnaître unilatéralement l'État palestinien, et le 135e pays de la planète. Et si les autres chancelleries occidentales ne lui ont pas emboîté le pays, ce sont les Parlements nationaux qui s'en sont chargés. L'Irlande, le Royaume-Uni ou encore l'Espagne ont adopté des résolutions symboliques enjoignant à leur gouvernement de reconnaître la Palestine. "C'est la traduction d'un mouvement de fond au sein des opinions publiques européennes, qui considèrent que le conflit israélo-palestinien garde une importance centrale dans l'épisode chaotique que traverse actuellement le monde arabe", explique Yves Aubin de La Messuzière.
Cette vague de "reconnaissance" arrive en France. Sur proposition du groupe socialiste, un texte portant sur "la reconnaissance de l'État de Palestine" a été présenté ce vendredi à l'Assemblée nationale. Jugeant que "l'impasse des négociations entretient un foyer d'instabilité et affecte dangereusement la paix dans toute la région", le projet de résolution estime que "la reconnaissance de l'État palestinien doit s'accompagner d'un retour salutaire et immédiat à la négociation". Par conséquent, il "invite le gouvernement à reconnaître l'État de Palestine en vue d'obtenir un règlement définitif du conflit". 
Le vote, non contraignant, doit avoir lieu le mardi 2 décembre, tandis qu'un texte identique doit être examiné au Sénat le 11 décembre. Au grand dam de l'ambassadeur d'Israël en France, Yossi Gal, pour qui le débat risque d'"exacerber la situation en France". Ce n'est pas l'avis du député socialiste Benoît Hamon qui affirme au site Metronews qu'il a "plutôt l'impression que ce sont les violences là-bas (au Proche-Orient) qui ont entraîné les violences ici (en France). À chaque fois que l'on veut faire un pas en faveur d'une solution négociée, on nous dit que ce n'est pas le bon moment", ajoute l'ancien ministre.
Selon toute vraisemblance, le "oui" devrait l'emporter à l'Assemblée grâce à la majorité de gauche. Toutefois, le vote ne devrait pas bénéficier du soutien de la droite. Pour le président du groupe UMP, Christian Jacob, la reconnaissance de l'État palestinien est "clairement dans le domaine réservé de l'exécutif". Pourtant, il semble bien que la démarche ait bénéficié de la bénédiction du gouvernement.
"Le processus de paix n'avance pas", confie une source diplomatique. "Depuis cet été et la crise de Gaza, le discours et la logique ont donc été renversés. Si, dans un monde idéal, l'État palestinien doit être le fruit de négociations, il serait possible d'utiliser la reconnaissance comme un outil pour accélérer le processus de paix" : en clair, reconnaître au préalable l'État palestinien pour contraindre Israël à réellement négocier. En août dernier, Laurent Fabius était monté au créneau en annonçant qu'il "faudrait bien, à un moment, reconnaître l'État palestinien".
Relativement absente du dossier au cours des dernières années, la France semble aujourd'hui vouloir reprendre l'initiative. Devant l'Assemblée nationale, Laurent Fabius a indiqué que la diplomatie française oeuvrait avec ses partenaires pour faire adopter une résolution au Conseil de sécurité afin d'aboutir à un règlement définitif du conflit israélo-palestinien sous deux ans. Une conférence internationale devrait également être organisée à Paris. "Nous assistons aujourd'hui à une nouvelle donne", souligne Yves Aubin de La Messuzière. "La volonté est de changer l'enceinte des négociations - pour rejoindre le cadre multilatéral de l'ONU - afin d'imposer la paix, avec un retour aux frontières de 1967 et des aménagements à négocier."
"Si cette tentative ultime de solution négociée n'aboutit pas, a précisé vendredi le ministre des Affaires étrangères, alors il faudra que la France prenne ses responsabilités en reconnaissant sans délai l'État de Palestine, et nous y sommes prêts."

(28-11-2014 - Armin Arefi)

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