La phrase

"Extirper le sionisme de Palestine" (Al Faraby)


mardi 9 mai 2017

La pie voleuse (Ouverture) Gioacchino Rossini


Avec cette nouvelle rubrique intitulée "Classique", mon but est de vous donner envie d'aller plus loin dans le répertoire de la musique classique en vous faisant écouter de courtes plages en lien, chacune, avec son contexte culturel.
Elle sera quotidienne et s'étalera jusqu'à la mi-août 2017
N'hésitez pas à la partager avec vos enfants et petits enfants... car en l'imaginant c'est à eux que j'ai pensés en premier.  (Al Faraby)

Présente dans les concerts symphoniques où brille souvent son Ouverture, La Pie voleuse (La Gazza Ladra) est une des œuvres les plus injustement méconnues de Rossini alors qu’elle rencontra un grand succès à sa création. Est-ce sa longueur ou la richesse de sa distribution qui éloignent cet « opera semiseria » des scènes lyriques ?
Ouvrage de transition, La Pie voleuse occupe une place unique dans la production de Rossini. En mélangeant comédie et tragédie, gaité et sentimentalisme, le compositeur réalise une alliance entre éléments bouffes et sérieux qui porte en germe les caractéristiques du réalisme musical romantique. L’intensité dramatique de certains passages, comme la poignante marche au supplice ouvrant le Finale de l’acte 2, entretient une atmosphère très sombre, assez inhabituelle chez Rossini.
La trame de l’opéra suit de très près un mélodrame de boulevard basé sur un fait divers réel. En 1817, deux auteurs français, d’Aubigny et Caigniez remportent un grand succès avec La Pie voleuse ou la Servante de Palaiseau en s’inspirant d’une erreur judiciaire aussi étonnante qu’affligeante : une servante est injustement condamnée à mort pour de menus larcins dont la coupable n’est autre qu’une pie ! La ville de Palaiseau institua une messe appelée « la messe de la pie » en mémoire de la jeune fille, comme nous le relate Stendhal qui souligne qu’avec cette affaire un Allemand aurait fait une œuvre résolument dramatique alors qu’un Italien « fait de la belle musique sur un sujet abominable ». On retrouvera bien plus tard les effets d’une accusation injuste traités très différemment dans le Lohengrin (1850) de Wagner... Le thème de l’innocence persécutée, prétexte à l’exaltation de nouvelles vertus comme le courage ou la fidélité était typique de la « pièce à sauvetage ». Très en vogue depuis la Révolution française, ce type de drame devait se conclure sur une fin heureuse, la catastrophe annoncée ayant été évitée in extremis par un coup de théâtre. Le Fidelio (1814)  de Beethoven se rattache à ce courant. La Ninetta de La Pie voleuse, beauté villageoise victime d’une calomnie injuste, annonce d’autres héroïnes comme celle de La Somnambule (1831) de Bellini ou celle de Linda de Chamonix (1842) de Donizetti. Toutes ces similitudes dessinent une constellation d’œuvres ouvrant de nouveaux horizons dramatiques et musicaux qui sont ceux du romantisme.

Au cours d’une fête donnée chez le riche fermier Fabrizio Vingradito survient un petit incident qui va avoir de graves conséquences : une fourchette en argent a disparu et la maîtresse de maison, Lucia, accuse Ninetta d’en être responsable. La jeune servante doit épouser Giannetto, le fils de Fabrizio et Lucia, mais la mère ne voit pas d’un bon œil cette future union. Quand il manque à nouveau une cuillère en argent, elle accuse la pauvre Ninetta de l’avoir volée. Toutes les apparences indiquent que la jeune fille est coupable et elle est jetée en prison au grand désespoir de son fiancé. Le Podestat du village qui a des vues sur Ninetta lui promet de la faire libérer si elle cède à ses avances. Face à ses refus, il jure d’assouvir sa vengeance en la faisant condamner. Ninetta est bel et bien condamnée à mort pour crime de vol domestique. Un coup de théâtre viendra suspendre l’exécution de la sentence : on vient de découvrir les précieux couverts en argent dans le nid d’une pie ! Le village entier laisse éclater sa joie : la consternation est changée en plaisir et en allégresse. Ninetta assise sur un char orné de fleurs, est accompagnée par les paysans qui célèbrent son bonheur retrouvé avec Giannetto, qu’elle pourra épouser.