La phrase

"Extirper le sionisme de Palestine" (Al Faraby)


jeudi 1 juin 2017

Des réfugiés palestiniens partagés entre "le coeur et la raison"

Des réfugiés dans le camp de Dheisheh , en Cisjordanie, le 14 mai 2017 (afp)

En juin 1967 Sobhi Awwad quittait la ville palestinienne de Jéricho avec ses parents sous les tirs croisés des soldats jordaniens et israéliens. Cinquante ans, sept enfants et 15 petits-enfants plus tard, il est toujours réfugié et vit avec sa famille à Amman.
En un demi-siècle, sa tente, installée dans le camp de réfugiés d'al-Wihdat, à une quarantaine de kilomètres de la maison de ses parents qu'il a quittée "en courant", est devenue un bâtiment en dur.
Etabli pour accueillir les réfugiés palestiniens qui avaient pris le chemin de l'exode après la guerre israélo-arabe de 1948, le camp d'al-Wihdat, également connu sous le nom du Nouveau camp d'Amman, passerait pour un quartier de la capitale jordanienne.
Mais les nombreux graffitis viennent rappeler à tous que les camps de réfugiés ne sont qu'un passage, une "salle d'attente avant le retour", comme le proclament les affiches à travers la Jordanie, le Liban, la Syrie ou les Territoires palestiniens qu'Israël occupe depuis la guerre des Six Jours.
Sobhi et les 300.000 réfugiés chassés de chez eux par ce conflit éclair vivent dans "une nostalgie qui tue" de la Palestine, où "la vie était belle malgré la pauvreté", assure-t-il.
Le "droit au retour" des réfugiés, chassés par la création d'Israël en 1948 puis par la guerre de 1967, est l'un des points les plus épineux d'un règlement du conflit israélo-palestinien.
Pour Israël, il est impensable; pour l'Autorité palestinienne, c'est un droit inaliénable.
Chez les réfugiés, on ne discute pas et "on n'oublie pas", comme le rappellent les graffitis qui recouvrent les murs de la plupart des maisons du camp de Dheicheh, à Bethléem en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par l'armée israélienne.
Ils sont près de huit millions à "vivre partagés entre le coeur -- qui va à la terre d'origine -- et la raison -- car c'est bien dans un camp qu'on vit", dit à l'AFP Louaï al-Haj, militant associatif.
Ni l'armée israélienne, ni l'Autorité palestinienne ne prennent pied dans cet entrelacs à la construction anarchique, tout en hauteur faute de pouvoir étendre les limites des camps.
C'est un petit monde parallèle où les consciences politiques sont plus affûtées et le désespoir plus grand, aiguisé par le sentiment de n'avoir "rien à perdre, que des chaînes et des tentes de réfugiés", disait George Habache, grande figure de la gauche palestinienne.
Ici, dans les ruelles étroites et sombres où les fenêtres donnent directement chez les voisins, la politique est omniprésente mais elle se joue autrement qu'ailleurs dans les Territoires palestiniens occupés, englués dans les divisions.
"La solidarité entre les gens est plus forte dans les camps. Même les partis politiques prennent des décisions unifiées", témoigne M. Haj.
Entre la jeunesse des camps et l'Autorité palestinienne, la méfiance règne.
Pour ces jeunes qui refusent de se soumettre, l'Autorité est celle qui négocie avec Israël; peut-être signera-t-elle un jour d'un trait de stylo l'arrêt de mort du "droit au retour", renonçant aux terres que les réfugiés réclament?
En attendant ce retour, Abdelqader al-Lahham, 96 ans, s'applique chaque jour à faire mentir l'idée que "les vieux mourront et les jeunes oublieront".
L'un de ses petits-fils a récemment obtenu un permis israélien pour se rendre sur ses terres d'origine. "Je lui ai indiqué la maison et même le figuier que j'avais planté", dit-il.
Mais, se lamente-t-il, l'amour du travail de la terre s'est perdu et avec lui, le désir de revenir dans les villages.
Perdu dans le souvenir de la terre fertile d'antan, il désigne soudain sa maison dans le camp de Dheicheh et soupire: "Celle-ci ne m'appartient même pas. Tout ça, c'est à l'agence" de l'ONU en charge des réfugiés palestiniens, dont le budget est de plus en plus réduit.
Mohammed Nassar, lui, tente de maintenir vivant le souvenir de l'exode. Avec d'autres, ce jeune refait circuler un bus récupéré de l'époque où les Palestiniens pouvaient encore se déplacer sans entraves, "sans passer un seul check-point".
Ces bus effectuaient autrefois les trajets Jérusalem-Sanaa, ou Haïfa-Beyrouth. Ils emmenaient des Palestiniens au cinéma à Amman ou des pèlerins chrétiens de Damas à Jérusalem.
Ils ont franchi la frontière pour la dernière fois en 1967, "avec des passagers, valises en main, qui ont dû quitter leur pays pour un autre".