La phrase

"Extirper le sionisme de Palestine" (Al Faraby)


mardi 6 juin 2017

Le Qatar appelle l'Arabie saoudite et ses alliés au dialogue


Accusé de soutenir le terrorisme et mis au ban diplomatique par l'Arabie saoudite et plusieurs de ses alliés, le Qatar a appelé mardi à "un dialogue ouvert et honnête" pour sortir de cette crise.
Dans un discours diffusé par la chaîne de télévision qatarie Al Jazeera, le chef de la diplomatie de l'émirat, Mohammed bin Abdul Rahman, a assuré qu'il n'y aura pas "d'escalade" de la part du Qatar, allié de longue date des Etats-Unis, comme l'Arabie saoudite.
"Notre relation avec les Etats-Unis est stratégique", a-t-il insisté: Il y a des choses sur lesquelles nous ne sommes pas d'accord, mais les secteurs dans lesquels nous coopérons sont plus nombreux que ceux dans lesquels nous divergeons".
Le Qatar héberge notamment la plus grande base aérienne américaine dans la région, forte de 10.000 hommes et siège du commandement militaire américain chargé du Moyen-Orient. Al-Udeid est cruciale pour le combat de la coalition internationale contre le groupe Etat islamique en Syrie et Irak.
Désormais sur la touche dans la région, l'émirat a vu lundi matin l'Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats arabes unis, le Yémen, l'Egypte et les Maldives rompre toute relation diplomatique avec lui.
Se sont ajoutées des mesures économiques comme la fermeture de toutes les frontières terrestres et maritimes entre ces pays et le Qatar, ainsi que des interdictions de survol aux compagnies aériennes qataries ou des restrictions aux déplacements des personnes.
Doha, par ailleurs exclu de la coalition militaire arabe contre les rebelles pro-iraniens au Yémen, semblait donc jouer la carte de l'apaisement mardi.
Riche pays gazier à la politique étrangère controversée, l'émirat avait au départ réagi avec colère, accusant ses voisins de vouloir le mettre "sous tutelle" et de l'étouffer économiquement.
L'émir du Koweït, seul membre du Conseil de coopération du Golfe (CCG) avec Oman à ne pas avoir rejoint ce mouvement de rupture, avait reçu lundi un émissaire du roi saoudien Salmane avant d'appeler l'émir du Qatar pour l'"exhorter à la retenue".
Abdul Rahman a précisé mardi que l'émir du Koweit, Sheikh al-Sabah, avait notamment demandé à son homologue qatari, sheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, de repousser son discours prévu le même jour.
Alliée à la fois de Ryad et de Doha, Washington avait invité les pays du Golfe à rester "unis" lundi.
Les chefs de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif et russe Sergueï Lavrov se sont entretenus séparément avec leur homologue qatari. Les présidents turc Recep Tayyip Erdogan et russe Vladimir Poutine ont aussi appelé "à des solutions de compromis".
La semaine dernière, le Qatar s'était dit victime de "hackers" ayant publié sur le site de son agence officielle QNA de faux propos attribués à l'émir Tamim.
Ces déclarations, considérées comme authentiques par Ryad et Abou Dhabi, rompaient avec le consensus régional sur des sujets sensibles, et notamment l'Iran, vu comme un allié stratégique par Doha mais considéré par les Saoudiens comme "le fer de lance du terrorisme".
L'Iran chiite est le grand rival régional de l'Arabie saoudite sunnite et leurs relations diplomatiques sont rompues depuis 2016.
Cette crise intervient deux semaines après la visite du président américain Donald Trump à Ryad où il avait exhorté Arabes et musulmans à se dresser contre les groupes extrémistes et fustigé l'Iran.
Les conséquences économiques pourraient être grandes pour le Qatar. L'Egypte et six compagnies aériennes du Golfe ont suspendu leurs vols sur Doha. Et la compagnie Qatar Airways devra rallonger ses nombreuses routes vers l'Europe et les Amériques, ne pouvant plus utiliser l'espace aérien saoudien.
La fermeture du seul accès terrestre au Qatar, via l'Arabie saoudite, affectera lui les importations de biens de consommation.
Affolés par ce blocus de facto saoudien, des habitants de Doha ont pris d'assaut les supermarchés lundi, et le lait, le riz ou le poulet ont rapidement disparu des rayons. "C'est la panique", a témoigné Ernest, un Libanais, poussant deux chariots pleins à craquer.
Le gouvernement qatari a affirmé qu'il prendrait "toutes les mesures nécessaires pour mettre en échec les tentatives de nuire à (sa) population et (son) économie".
La Bourse de Doha a aussi accusé le coup, clôturant en baisse de 7,58% lundi soir.
Cette crise est la plus grave depuis la naissance en 1981 du CCG, qui réunit l'Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats arabes unis, le Koweït, Oman et le Qatar.
Le Qatar a toujours poursuivi sa propre politique régionale, affirmant son influence par le sport --il accueillera le Mondial 2022 de football-- et les médias, avec la chaîne de télévision Al-Jazeera dont les bureaux à Ryad ont été fermés lundi.
Mais il est accusé par ses détracteurs de soutenir les réseaux jihadistes Al-Qaïda et groupe Etat islamique (EI), ainsi que les Frères musulmans, classés "terroristes" par certains pays arabes.

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Le Qatar, un investisseur très présent en France
Le Qatar, avec qui l'Arabie Saoudite et ses alliés ont rompu leurs relations lundi, l'accusant de soutenir le "terrorisme", est très présent en France, notamment dans les domaines du sport, de l'immobilier et de l'industrie.
Très actif depuis une dizaine d'années, notamment via son fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA), le riche émirat gazier a largement investi sous les quinquennats Sarkozy et Hollande, malgré des critiques récurrentes.

- Sport et médias -
Le Qatar a racheté en 2011 le club de football du Paris Saint-Germain, vitrine du pays en France, qu'il a propulsé en haut de l'affiche - quatre fois champion de France depuis - grâce à des moyens colossaux.
En plus de le doter d'une "locomotive" sportive, le pays du Golfe avait donné une bouffée d'air frais au championnat de France de football, en rachetant en 2012 une partie de ses droits télévisés, via sa chaîne BeIn Sports.
BeIn Sports a toutefois subi un coup d'arrêt en mai, lorsque SFR a racheté les droits de diffusion de la prestigieuse Ligue des champions de football pour la période 2018-2021.
Le Qatar est également propriétaire du PSG Handball, de plusieurs courses hippiques de renom comme le Prix de l'Arc de triomphe, et actionnaire majoritaire du groupe de médias Lagardère (13,03%).

- Immobilier et hôtellerie -
Spécialisés dans le luxe, des ressortissants de cet État du Golfe détiennent les hôtels parisiens Raffles (ex-Royal Monceau), Concorde Lafayette, Peninsula et l'hôtel du Louvre, ainsi que le Martinez et le Carlton à Cannes et le Palais de la Méditerranée à Nice.
Le Qatar est le deuxième actionnaire du groupe AccorHotels, détient plusieurs milliers de m2 de locaux sur l'avenue des Champs-Élysées et près d'un quart de la Société fermière du casino municipal de Cannes (SFCMC), qui exploite le Majestic Barrière et le Gray d'Albion.
L'émir du Qatar possède l'hôtel d'Évreux, niché dans la prestigieuse place Vendôme à Paris, et son frère détient l'hôtel Lambert, à la pointe de l'Ile Saint-Louis.

- Industrie -
Le Qatar est très présent dans les grandes entreprises françaises avec des participations minoritaires dans Total, Vinci, Veolia Environnement, LVMH, et Vivendi, en plus de détenir les magasins du Printemps.
Sur le plan militaire, il est un excellent client, qui a notamment commandé 24 avions de combat Rafale en 2015, pour 6,3 milliards d'euros.
L'émirat est également partenaire de la Caisse des dépôts, dans un fonds d'investissement de 300 millions d'euros pour les PME françaises innovantes. A l'origine, le Qatar avait évoqué un fonds pour les banlieues, qui avait suscité une forte polémique, en pleine campagne électorale pour la présidentielle 2012.