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vendredi 2 juin 2017

Maroc: grève générale à Al-Hoceïma, toujours mobilisé

Manifestation à A Hoceima, au Maroc, le 31 mai 2017 (afp)

Un mot d'ordre de grève générale était largement suivi jeudi à Al-Hoceïma, dans le nord du Maroc, où les manifestations pour réclamer la libération du leader de la contestation locale se poursuivent à un rythme quotidien.
En milieu d'après-midi, la quasi-totalité des magasins du centre-ville était fermée, a-t-on constaté. Des policiers étaient présents en nombre dans et autour de la grande place, tandis que des groupes de jeunes déambulaient dans les rues voisines.
"Cette grève de trois jours est la conséquence de ce qui se passe ici, la marginalisation d'une région qui ne demande que son pain quotidien. Nous allons continuer pour la libération des prisonniers", a déclaré à l'AFP un commerçant.
"Aujourd'hui toute la population est en grève. C'est un message à notre roi Mohammed VI pour qu'il intervienne à Hoceïma", a lancé un autre gréviste, évoquant à défaut le risque d'une "désobéissance populaire".
"Quiconque menace les propriétaires des commerces pour fermer sera immédiatement arrêté", ont mis en garde de leur coté les autorités locales.
La grève était également très suivie dans les villes voisines d'Imzouren et Beni Bouyaach, selon un habitant joint au téléphone.
Depuis la diffusion vendredi d'un mandat d'arrêt visant Nasser Zefzafi, le leader de la contestation qui secoue la région du Rif ces derniers mois, la province d'Al-Hoceïma est en effervescence.
Nasser Zefzafi, qui dénonçait depuis des mois la "dictature" et "la corruption" du "makhzen" (pouvoir), a été interpellé lundi par la police pour "atteinte à la sécurité intérieure".
S'exprimant jeudi à un média marocain télévisé, sa mère en a appelé à la clémence du roi pour la libération de son fils.
Selon un décompte officiel, la police a procédé depuis vendredi à une quarantaine d'arrestations, visant essentiellement le noyau dur du "hirak" (la "mouvance), nom donné à ce mouvement qui lutte pour le "développement" du Rif, région qu'il estime marginalisée.
Vingt-cinq des personnes arrêtées ont été déférées devant le parquet. Leur procès s'est ouvert mardi mais a été reporté au 6 juin.
Selon la presse marocaine, certains des suspects, qui avaient été transférés à Casablanca, ont pu recevoir jeudi la visite de leurs avocats, à l'exception de Zefzafi.
L'annonce de la grève générale de ce jeudi avait été lancée sur les réseaux sociaux par le numéro deux du "hirak", Najib Ahmajik, actuellement en fuite.
Pour la sixième nuit consécutive mercredi soir, des protestataires, aux cris de "Nous sommes tous Nasser Zefzafi!", ont investi les rues de la ville sans incident après le repas de rupture du jeûne du ramadan.
Cette manifestation, quoique moins nombreuse que la veille, a montré que la contestation perdure malgré les arrestations, et même se réorganise.
Collecte de fonds, volontaires en gilet fluo, carré pour la presse, et femmes mises en avant au micro... Le discours a évolué aussi, avec une mise en sourdine des références islamiques souvent citées par Zefzafi ces dernières semaines.
"Privé de ses leaders, le hirak s'organise", selon l'hebdomadaire TelQuel.
De nouveaux visages du mouvement sont apparus sur le devant de la scène, comme Nawal Benaissa, 36 ans et mère de quatre enfants, qui a harangué la foule mercredi soir cheveux au vent.
Disant être convoquée par la police, celle-ci s'est rendue jeudi matin au commissariat d'Al-Hoceïma, d'où elle est ressortie libre peu après et a affirmé avoir été interrogée notamment à propos du mot d'ordre de grève générale qu'elle avait relayé la veille, a-t-on constaté.
Après des heurts nocturnes avec les policiers pendant le weekend, les manifestations se déroulent depuis lors sans violences. D'autres rassemblements ont été signalés dans la province ces derniers jours, dont il est difficile de cerner l'ampleur.
Des sit-in et rassemblements de "solidarité" ont été organisés ailleurs dans le royaume, dont plusieurs ont été dispersés violemment par la police, à Rabat, Casablanca et Meknès.
Après un long mutisme, la classe politique est sortie de son silence. Les chefs des partis de la majorité ont appelé "le gouvernement à davantage d'interaction positive avec les revendications des habitants", selon l'agence de presse MAP (officielle).
Le Premier ministre islamiste Saad-Eddine Al-Othmani, qui s'est entretenu du sujet avec le ministre de l'Intérieur, a assuré que la région "est au cœur des préoccupations du gouvernement".